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Journée d'action internationale contre les barrages dans plus de trente pays

by Hervé Kempf, Le Monde, France - 15 March 2001

La Journée d'action internationale d'action contre les barrages, organisée mercredi 14 mars, à l'initiative de plusieurs organisations non gouvernementales dans près de trente pays, a rassemblé de nombreux mouvements d'opposition. Lancé au Brésil, dans la ville de Curitiba, en 1997, ce mouvement a reçu un renfort avec la publication du rapport de la Commission mondiale des barrages.
DANS PLUS de trente pays, le réseau informel des organisations non gouvernementales (ONG) s'opposant à la construction des barrages a organisé, mercredi 14 mars, de nombreuses actions dans le cadre de la Journée internationale d'action contre les barrages. Lancée en 1997, à Curitiba au Brésil, cette journée est, chaque année, l'occasion de montrer que les multiples luttes locales s'inscrivent dans un mouvement mondial de protestation qui prend une importance croissante. Rassemblements, séminaires, conférences de presse, l'ampleur des événements est très variable : de la protestation d'au moins 120 000 personnes à Madrid contre le Plan hydrologique national le dimanche 11 mars – que les ONG rattachent aussi à leur action – à une cérémonie en l'honneur de la rivière Yom en Thaïlande jusqu'à la simple distribution d'eau fraîche dans le golfe de Californie pour symboliser le gaspillage de l'eau aux Etats-Unis.

On compte dans le monde des milliers de grands barrages (plus de 15 mètres de haut) construits majoritairement depuis trente-cinq ans : dans la période la plus active, dans les années 1970, deux ou trois barrages étaient mis en service chaque jour ! Ce mouvement s'est beaucoup ralenti depuis, mais 1 600 barrages sont encore planifiés ou en construction, qui soulèvent une opposition croissante. Les projets des trois gorges en Chine, de la Narmada en Inde, d'Anatolie du Sud en Turquie sont bien connus, mais la contestation apparaît aussi dans d'autres pays : la Pologne (sur la Vistule), le Portugal (Alqueva), le Pakistan (Tarbella), les Philippines (San Roque) et le Brésil (sur l'Alto Rio Doce).

Le mouvement a connu un renfort décisif avec le rapport de la Commission mondiale des barrages (CMB) rendu à la fin de l'an 2000 et discuté en Afrique du Sud fin février.

Créée en 1998 par la Banque mondiale et l'Union mondiale pour la nature (UICN), la CMB a élaboré son analyse en consultant des centaines d'experts et en étudiant en profondeur plusieurs cas de création de barrages. Son rapport conforte les ONG dans leur action : " Nous avons été très surpris de l'objectivité de ce rapport qui se rapproche beaucoup de notre point de vue ", dit par exemple Roberto Epple, directeur du Réseau des rivières européennes. Si les analyses soulignent que " les barrages ont apporté une contribution importante au développement humain ", la CMB conclut que les bénéfices ont souvent été payés d'un " prix inacceptable et souvent inutile "en termes sociaux et environnementaux par les personnes déplacées – entre 40 et 80 millions de personnes –, par l'environnement – 60 % de rivières du monde sont affectées par les barrages ou travaux de dérivation –, et enfin par les contribuables – de nombreux barrages ont coûté plus que prévu et n'ont pas rapporté les bénéfices attendus.

CRITIQUES DES INDUSTRIELS

La Commission a aussi montré que les nuisances des barrages sont le plus souvent supportées par les pauvres ou les indigènes qui n'en tirent, en revanche, que peu de bénéfices. Elle conclut également que la " décision de construire un barrage est influencée par de nombreuses variables qui dépassent les considérations techniques ", la perspective de corruption n'étant pas la moindre. Un des résultats les plus originaux du travail de la CMD est de légitimer les solutions alternatives : d'un côté, pour une meilleure gestion de l'eau, afin de limiter le gaspillage et donc de rendre éventuellement inutiles de nouveaux barrages, de l'autre, dans le développement d'" options à petite échelle ", surtout dans le domaine des énergies renouvelables.

Si le rapport a été très bien accueilli par les ONG, il a suscité la critique des milieux industriels. Par exemple, Bert Schultz, de la Commission internationale sur l'irrigation, estime qu'" il faudra construire encore des milliers de barrages dans les cent prochaines années, sans quoi nous connaîtrons une situation difficile pour l'agriculture et pour l'approvisionnement en eau ". D'autres experts soulignent aussi l'importance des barrages pour fournir de l'énergie, comme en Afrique, où ils satisfont 80 % de la consommation électrique. Les institutions internationales de financement, au premier rang desquelles la Banque mondiale, n'en sont pas moins de plus en plus réticentes à soutenir les yeux fermés les grands barrages.

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