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Grands Barrages: Enseignements Du Passe, Perspectives D’Avenir |
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Table des matières Il sest passé quelque chose de différent et de très prometteur à Gland, en Suisse, au début du mois davril 1997. Pendant deux jours, 37 participants représentant divers intérêts autour du monde ont examiné sils pouvaient collaborer à la recherche dune solution au problème hautement controversé des questions associées au développement des grands barrages. Dans un contexte où, durant ces 20 dernières années, le débat relatif au développement des grands barrages a été de plus en plus disputé, la plupart des participants nétaient pas optimistes quant au résultat de la conférence. Au moment de quitter Gland cependant, tous ont été surpris et enthousiasmés par le large consensus obtenu sur la manière daborder les problèmes en suspens. En particulier, un accord a été établi concernant la prochaine étape: une commission mondiale devrait être créée afin dévaluer létat des connaissances en matière de grands barrages et dapprécier si, et de quelle manière, ils peuvent contribuer au développement durable. Tous les participants présents à Gland ont pris lengagement de faire de cette commission une réalité dans les six prochains mois, et de la doter dun mandat dont elle devra rendre compte dici deux ans. La première partie de ce document rend compte des étapes qui ont précédé la réunion de latelier, les deux journées de discussions elles-mêmes, ainsi que les évènements qui ont suivi la clôture du séminaire. Lors de la rédaction du compte rendu de séance, nous nous sommes efforcés de mettre en évidence en quoi latelier de Gland est différent et novateur, et nous avons cherché à consolider le consensus initial et à en préserver la dynamique. La deuxième partie reproduit lintégralité de trois documents qui ont été présentés à titre dintroduction, ainsi que deux autres rapports qui ont servi à éclairer les discussions. 1.0 Latelier: origine, préparation, déroulement1.1 Développement de la controverse Les barrages ont joué un role clé en matière de développement dès le troisième millénaire, quand les premières grandes civilisations dépendaient de grands fleuves tels que le Nil, le Tigre, lEuphrate et lIndus. Depuis ces temps anciens, des barrages ont éte construits pour lalimentation en eau, le contrôle des inondations, lirrigation pour lagriculture, et la navigation. Plus récemment, depuis lavènement de la révolution industrielle au 18ème siècle, leur construction a également servi à la production dénergie motrice et délectricité. Au 20ème siècle, les nouvelles technologies ont rendu possible la construction de barrages de plus en plus grands, destinés à servir une combinaison de ces divers besoins; haut de 221 mètres, le barrage de Hoover inauguré aux Etats-Unis en 1935 a introduit une nouvelle génération de grands barrages. Pendant la deuxième moitié de ce siècle, les constructions autour du monde se sont accélérées. Quelques 35.000 grands barrages ont été construits entre 1950 et la fin des années 1980 (Commission Internationale des Grands Barrages, 1988). Le plus grand dentre eux, le barrage de Nurek au Tadjikistan, atteint une hauteur de 300 mètres (International Water Power and Dam Construction Handbook, 1995). La controverse na cessé de grandir cependant, particulièrement durant les vingt dernières années, quant au rôle des grands barrages en matière de développement (Goldsmith et Hildyard, 1984; McCully, 1996). Les priorités dans le domaine du développement ont changé et les connaissances sur la construction et le fonctionnement des grands barrages dans le monde se sont accumulées, de sorte que divers groupes de pression ont fait valoir que les bénéfices économiques escomptés nont pas été réalisés et que des coûts environnementaux, économiques et sociaux significatifs nont pas été pris en compte. Dans les années 1980 des projets de grands barrages ont été fondamentalement remis en question par les représentants dintérêts locaux directement affectés mais aussi par des coalitions de groupements environnementaux et de protection des droits de lhomme de plus grande envergure (Sardar Sarovar par exemple). Ceci a provoqué dans les années 1990 une série dappels pour limposition dun moratoire sur les financement octroyés par la Banque Mondiale, et la demande de réparations pour ceux qui se sont trouvés affectés par la construction de grands barrages (voir par exemple les Déclarations de Manibeli en 1994 et de Curitiba en 1997). 1.2 Evaluation de la Banque Mondiale Lorsquil a été nommé président de la Banque Mondiale en 1995, James Wolfensohn a annoncé son intention dentreprendre une évaluation de lefficacité des opération en cours. Bien que la Banque Mondiale nait été impliquée que dans une proportion relativement faible dans le financement de grands barrages, elle est devenue lobjet de critiques importantes liées au nombre de projets problématiques dans lesquels elle était impliquée, dont certains parmi les plus ambitieux et les plus controversés. Cest dans ce contexte que le département indépendant de lEvaluation des Opérations (OED) de la Banque Mondiale a entrepris un examen des projets de grands barrages. La première phase devait consister en lévaluation interne de 50 projets de grands barrages assistés par le Banque, et elle fut menée à terme par lOED en septembre 1996. La seconde phase a été concue comme une étude plus vaste impliquant la collecte de nouvelles données et la participation dautres parties concernées, afin dévaluer lefficacité du développement de grands barrages en termes de leurs implications techniques, économiques et environnementales, pour de futurs financements par la Banque Mondiale aussi bien que par dautres sources. Utilisant les données disponibles pour les projets menés à terme entre 1960 et 1995, les barrages ont été classés selon leur intérêt économique et selon quils satisfaisaient ou non aux conditions datténuation dimpact et de politique daménagement en vigueur au moment de leur approbation - ou bien selon quils aient pu être planifiés de façon à satisfaire aux critères introduits entre-temps par la Banque Mondiale (Liebenthal et al., 1996). LOED a conclu que si 90 pour cent des barrages passés en revue satisfaisaient aux standards applicables au moment de leur approbation, seulement un quart dentre eux avaient été entrepris de façon à satisfaire aux conditions plus strictes actuellement imposées par la Banque Mondiale. Limpact des projets de grands barrages
Lévaluation a également conclu que latténuation des conséquences sociales et environnementales négatives associées aux grands barrages aurait pu être à la fois réalisable et économiquement justifiée dans 74% des cas. La conclusion principale consistait en lapprobation de principe de lOED pour la construction de grands barrages, à condition que les critères fixés par la Banque Mondiale soient strictement respectés et que les enseignements tirés du passé soient intégrés dans leur intégralité. Cette évaluation, ainsi que lensemble des conclusions et recommandations ont été synthétisées et rendues publiques dans un précis publié par lOED en 1996. 1.3 Le partenariat de la Banque Mondiale avec UICN - Union Mondiale pour la Nature Lorsquil fut nommé directeur général de lUICN, lune des premières initiatives de David McDowell fut de rechercher des partenariats stratégiques avec des agences internationales dimportance, de façon à ce quelles travaillent ensemble à la résolution de questions controversées tout en faisant coïncider leurs intérêts communs. Un accord négocié avec la Banque Mondiale et signé en 1994 fut lun des premiers partenariats établis. Cest sous légide de cet accord que la Banque a contacté lUICN en 1994, afin dorganiser en commun la mise en place dun atelier pour discuter des conclusions adoptées par lOED lors de la première phase de son évaluation des projets de grands barrages. De la même façon, les modalités de conception, de méthodologie, et de mise en oeuvre dune étude plus approfondie (phase II) devaient être discutées. Les deux organisations ont par là implicitement admis que latelier se verrait confier le traitement de lune des questions actuellement les plus controversées en matière denvironnement et de politique de développement, et que la réussite de lentreprise nétait en aucune facon assurée. Un financement spécial pour la mise en oeuvre de latelier fut assuré par la Banque Mondiale par lintermédiaire de lAgence Suisse de Développement et de Coopération (SDC), qui avait pris la décision daffecter prioritairement les fonds du SDC/OED à la résolution des conflits liés aux grands barrages. Robert Picciotto, directeur général de lEvaluation des Opérations à la Banque Mondiale, et George Greene, directeur général adjoint de lUICN, se sont vus confier la responsabilité de lensemble de latelier. Leur étaient immédiatement subordonnés Achim Steiner, chargé de la liaison avec la Banque Mondiale pour lUICN, et Andres Liebenthal, qui dirigea la première phase de lévaluation réalisée par lOED. Ces derniers furent chargés dorganiser latelier suivant cinq étapes préparatoires : accord sur les objectifs spécifiques, collecte dinformations préliminaires, sélection des participants, organisation des sessions et préparation dun ordre du jour. Objectifs de latelier Quatre objectifs spécifiques ont été développés lors de discussions entre certaines des principaux participants représentant lUICN et la Banque Mondiale:
Informations générales En complément au rapport dévaluation interne remis aux participants, il a été décidé de commander trois études générales afin de donner une vue densemble indépendante et de présenter les informations acquises par dautres sources, notamment lexpérience dautres pays industrialisés, dans trois domaines fondamentaux: ingénierie et économie, questions sociales et problèmes rencontrés par les differents groupes dinteret en presence, impact environnemental. Après de longues consultations destinées à désigner les experts, ces études ont été demandées à Engelbertus Oud, Thayer Scudder et Robert Goodland. Deux études publiées par le passé par Anthony Churchill ont également été reproduites. La compilation dun ensemble de publications plus anciennes a également été préparée. Elle comprend notamment les directives et recommandations pertinentes de la Banque mondiale et présente divers points de vues sur les questions essentielles. Cette documentation de fond, ainsi que les informations bibliographiques fournies par les participants, ont été envoyées aux participants avant la réunion de latelier. Participants. Différents intérêts importants ont manifesté leur désir de participer à latelier. Dans un souci déquilibre entre nécessité et diversité, et de façon à maintenir les effectifs relativement réduits, 39 participants ont en définitive été invités; parmi eux sept de la Banque Mondiale, six venaient dagences gouvernementales, sept dONG locales (dont deux ont rejoint le groupe à la dernière minute), cinq étaient de lUICN, huit représentaient des compagnies privées de consultants et de construction de barrages ainsi que des représentants dorganismes industriels, et huit venaient de la recherche et de luniversité. Lobjectif dune représentation variée a été atteint de façon satisfaisante, sauf en ce qui concerne la participation de femmes. Quatre représentants des médias internationaux (The Economist, Financial Times, Hindu et Neue Züricher Zeitung) ont également participé en tant quobservateurs et ont couvert les discussions de latelier faisant application des règles de Chatham House, qui autorisent à citer des séances sans toutefois que ces citations puissent être attribuées à des individus. Coordination. Eu égard à lampleur des controverses passées, et compte tenu de la difficulté des questions à traiter et du temps limité dont bénéficiait latelier, il a été décidé quune seule personne serait chargée de présider à lensemble de la réunion et den assurer la coordination. Idéalement, cette personne devait être rompue à lexercice de la médiation et au fait des problèmes traités, sans pour autant avoir pris partie dans aucune des controverses passées. Tony Dorcey, professeur à lUniversité de Colombie Britannique, expert en négociations internationales multilatérales et en gestion destuaires fluviaux, fut sélectionné et soccupa du détail de la planification. Ordre du jour. Plusieurs difficultés étaient prévisibles lors de la préparation de lordre du jour de Gland. On ne disposerait que de deux jours pour traiter de questions complexes et hautement controversées. Seule une proportion minime des participants étaient censés se connaître, et bien quils représentent dans leur ensemble un remarquable éventail de connaissances, celles-ci étaient issues dune variété de contextes et de projets. Au demeurant, ils ne manqueraient pas dapporter avec eux des points de vue bien ancrés, assortis de diverses expériences personnelles à lendroit de controverses passées en matière de grands barrages. Dans lensemble, la stratégie adoptée fut dencourager les participants à faire connaissance aussi rapidement que possible et à échanger leurs points de vue, tout en recherchant dès labord des terrains dentente éventuels pour les développements ultérieurs. De façon à stimuler les échanges, les participants ont été divisés en trois sous-groupes représentatifs de la formation initiale. Chaque sous-groupe devait se voir confier lexamen de lun des sujets ayant fait lobjet des rapports préliminaires (ingénierie/économie/ finance, aspects sociaux et groupes dintérêt en présence, environnement). Afin de guider les discussions, chaque groupe devait être amené à répondre à trois questions élaborées conformément aux ojectifs de latelier:
Afin dassurer que chacune de ces trois questions soit considérée de façon adéquate par chacun des trois groupes, deux examens complets de lensemble des questions ont été planifiés, les groupes devant rapporter les résultats du premier de ces examens à lissue du premier jour. Dune façon générale, la stratégie adoptée a fonctionné mieux que les organisateurs avaient osé lespérer. Ce fut pour une large part le résultat de la volonté des participants den assurer la réussite. Il avait été bien entendu quil fallait profiter de cette rare opportunité de voir réunis les différents intérêts aux prises en matière de problèmes liés aux grands barrages, et que faute de se donner les moyens de la réussite, une occasion comparable pourrait savérer extrêmement difficile à créer. Pour des raisons diverses, il savéra que le temps était venu détrenner une nouvelle approche. Cela ne fut pas si évident, cependant, au moment où les participants sapprétaient à se réunir à Gland. La même semaine, le International Rivers Network (IRN) avait publié un communiqué, appuyé par 49 autres organisations non-gouvernementales représentant 21 pays, qui se montrait extrêmement critique à lendroit de lévaluation réalisée par lOED. Dans un article intitulé "Les écologistes se Rassemblent pour le débat sur les barrages", le Financial Times de Londres (10 Avril 1997) citait une des conclusions de lIRN estimant que lévaluation de lOED reposait sur "une méthodologie sérieusement erronnée et incomplète, et sur un manque de données". Le soir qui précéda la réunion de latelier, alors quils se présentaient les uns aux autres et faisaient état de leurs espérances, les participants ont exprimé lespoir de progrès mais ils sont cependant restés solidement campés sur leurs positions respectives et nont pas manqué de faire valoir quil sagirait dabord deffacer un lourd héritage de défiance et dacrimonie avant que des progrès puissent se faire sentir. Dans plusieurs cas, des adversaires se retrouvaient face à face pour la première fois. Les remarques faites durant les discours douverture la première matinée ont réitéré et amplifié bon nombre des appels à la prudence, à la mesure, et à la critique qui avaient prévalu le soir précédent. Le caractère limité de lévaluation réalisée par lOED ainsi que sa nature préliminaire furent reconnu par ses auteurs et par dautres participants. La critique de ses données, analyses et conclusions allaient de la contestation de certaines estimations des coûts et avantages à la critique de questions de méthode tels que le taux descompte utilisé, et la portée du traitement des études dimpact sur les écosystèmes et les conséquences sociales. Il y eut un large consensus quant à la nécessité de travaux ultérieurs, qui devraient être exhaustifs quant à leur portée, transparents dans leur conduite et cohérents dans leurs analyses. Les présentations qui suivirent le déjeuner, élaborant sur les études de fond qui avaient été commanditées, ont renforcé nombre des préoccupations qui avaient été exprimées durant la matinée, mais elles ont aussi fait avancer le débat en suggérant différentes manières daborder ces problèmes par la suite. Les discussions furent ensuite concentrées dans les sous-groupes, et lon ne tarda pas à évaluer les différentes thèses en présence dans le contexte de lélaboration des réponses aux trois questions qui avaient été assignées. A la fin de laprès-midi, alors que les participants sappliquaient à réviser les synthèses du travail de chacun des sous-groupes, mais aussi plus tard durant les discussions qui accompagnèrent le dîner, il savéra évident que nombre de points de convergence avaient émergé, notamment sur la façon daborder les questions relatives aux avancées nécessaires en matière de connaissances et de méthodologie, auxquelles la majeure partie du temps disponible avait été consacré. Le lendemain matin les groupes se reformèrent et, dans une seconde édition, affinèrent les idées-forces à la lumière de ce que les autres groupes avaient proposé, en insistant particulièrement sur le développement de propositions pour le déroulement des phases ultérieures. Autour du déjeuner, les représentants de tous les sous-groupes révisêrent toutes les propositions et identifièrent les parties où un consensus général avait été acquis sur lensemble des trois questions. Lorsque celles-ci furent présentées à lassemblée de clôture, elles furent unanimement adoptées après quelques discussions de détail. La relative facilité qui présida à cette adoption devait refléter létendue du consensus qui avait été atteint en lespace de deux journées. Si nul ne sous-estimait les difficultés qui ne manqueraient pas de se faire jour dans les prochaines étapes des travaux, tous étaient devenus presque optimistes quant aux résultats qui pouvaient être escomptés de la dynamique générée par latelier. 2.0 Principales conclusions et recommandations Fondées sur les débats de lassemblée plénière finale et sinspirant des discussions qui lont précédée, elles sont présentées ici de façon à attirer lattention sur les prochaines étapes qui ont été décidées. Elles sont exposées dans les termes spécifiques adoptés par les participants. Il fut reconnu cependant que certains détails devront être révisés par les participants au cours du processus de mise en oeuvre. La conclusion la plus importante fut laccord sur la création, dici novembre 1997, dune commission mondiale investie des mandats suivants:
La commission devrait être composée de cinq à huit membres, dont un président internationalement reconnu. Les membres devront posséder les compétences et lexpérience adéquates, et être reconnus pour leur intégrité et leur objectivité, leur indépendance et leur capacité à représenter diverses intérêts, notamment ceux des régions, des communautés locales, des secteurs public et privé. La plupart des membres siègeront à temps partiel, bien que trois dentre eux pourraient sièger à temps complet. Un groupe consultatif devrait être mis en place, composé essentiellement des participants a l atelier, ainsi que de membres invités par la commission afin dassurer une représentation efficace et équilibrée de lensemble des parties concernées et des principaux acteurs (par exemple, des ONG, lUnion Européenne, lOrganisation pour la Coopération et le Développement Economique, des gouvernements, des banques de développement multilatérales, et dautres agences de financement priveés ou gouvernementales). Comme son nom lindique, le groupe devrait être utilisé comme un organe de révision des idées émanant de la commission. Des membres du groupe pourraient assister des chargés de projet ou des groupes de travail, et recommander des spécialistes à contacter. La commission devrait être assistée dun secrétariat réduit de professionnels employés à plein temps, qui pourraient être fournis au moins en partie par délégation. Une possibilité serait pour le sécrétariat dopérer sous les auspices de lUICN. La commission et le secrétariat devraient fonctionner par lintermédiaire de groupes détudes, daudits, de chargés de projets, de contrats pour études etc. Le processus densemble devrait impliquer les participants pleinement et efficacement sur toute sa durée. Chaque fois que possible, il conviendra de rechercher la collaboration dautres organisations ayant les compétences adéquates et bénéficiant dune expérience préalable pertinente. Dès les premiers développements de son programme, la commission devra confirmer que son programme détude et les résultats quelle compte en tirer corrrespondent bien aux besoins de ceux qui seront en charge de prendre des décisions. La commission fournira notamment des recommandations quant aux politiques, normes, lignes de conduite, meilleures pratiques et déontologie à adopter de façon à ce que les parties concernées bénéficient des projets de construction et de mise en oeuvre de grands barrages. Elle devra également apprécier la précision des méthodes utilisées pour lévaluation des coûts et bénéfices dans le processus de planification du barrage, ainsi que de lefficacité de leur développement et de la nécessité éventuelle de restaurations ou de réparations. La commission devra bénéficier dun budget approprié pour garantir son indépendance et lui permettre de remplir son mandat. La plupart des observateurs se sont accordés pour évaluer ce budget à plusieurs millions de dollars, même si certaines contributions devraient être garanties pour certains cas despèce. 2.2. Le programme Les discussions qui ont eu lieu dans les divers sous-groupes, de même que lensemble des éléments préalablement versés aux débats, ont montré que les éléments spécifiques devant figurer sur le programme de la commission seront déterminés fondamentalement par un nouveau cadre conceptuel en matière de développement de grands barrages. Les idées en matière de développement ont évolué au cours des dix dernières années, plus particulièrement en matière de construction de grands barrages. Lorsque lon considère le futur des barrages, il est nécessaire de sinspirer du passé en évaluant le succès ou léchec de projets antérieurs dans le contexte qui prévalait au moment de leur conception et de leur construction, et de développer des lignes directrices pour lavenir fondées sur les enseignements, concepts, espoirs et réalités associés à lémergence dune nouvelle ère. Par le passé, les questions ayant trait au développement sont souvent été considérées de façon isolée, selon une logique sectorielle. Par exemple, un ministre de lagriculture ne retiendrait quune unique priorité en matière de développement: la nécessité de produire plus de nourriture. La croyance en la domination de lhomme sur la nature et dans les bénéfices inconditionnés des barrages résulta en ce que souvent une option unique était prise en compte. Ainsi le barrage était conçu selon le critère réducteur du coût économique le plus faible. Un nouveau cadre conceptuel a commencé de se faire jour ces dernières années. Le processus de développement devra être fondé sur lanalyse de critères multiples, parmi lesquels la nourriture, leau, lénergie, les devises étrangères, la santé, lemploi, les droits de lhomme, léquité, lutilisation durable des ressources naturelles, et la conservation des écosystèmes et des ressources génétiques. Lanalyse devra prendre en considération les enjeux de long-terme, de même que les données qualitatives et quantitatives. Les processus décisionnels devront être plus transparents et plus surveillés, et ils devront impliquer les différentes parties intéressées, dont les communautés locales, les diverses autorités gouvernementales, les représentants de lindustrie et des ONG. Le rôle de plusieurs des intéressés devra changer également, à mesure quune part croissante du processus de développement sera financée par le secteur privé, que les communautés locales gagneront en pouvoir de représentation, et que se développeront les partenariats. Les décisions devront prendre en considération diverses options de développement multiple ou intégré, telles que par exemple les méchanismes de gestion de la demande, ladoption de stations hydroélectriques de pleine eau, lutilisation conjointe des eaux de surface et des eaux souterraines, le développement des méthodes locales traditionnelles en matière de gestion des eaux et de lagriculture. Dune façon générale, le choix des projets devrait sinscrire dans le contexte plus large des plans de développement sectoriels (eau, énergie), nationaux et régionaux, et conformément aux stratégies adoptées à léchelon international (la Convention cadre des nations unies sur le changement climatique). Le choix final devrait être celui qui rallie le plus de suffrages, ou bien le moins de regrets. La mise en oeuvre de ce nouveau paradigme ne sera pas sans coûts. Les informations nécessaires à dauthentiques critères décisionnels multiples sont bien plus importantes, les méthodes sont plus complexes, la coordination est plus astreignante, et le processus de consultation est plus long. La gestion du processus nécessitera lacquisition de nouvelles compétences de la part des décideurs, et de nouveaux manuels et règlements seront certainement requis. En effet, de nouveaux processus décisionnels seront requis lorsquil apparaîtra que laltération des fonctions de lécosystème sapparente à un choix social et philosophique qui a une portée comparable au choix dune simple option technique. Ce fut dans ce contexte dun cadre conceptuel en pleine évolution que des propositions on été développées quant aux éléments spécifiques qui devront apparaître sur le programme de la commission (avancées fondamentales nécessaires en matière théorique et pratique pour lévaluation et le développement de grands barrages, et méthodes et perspectives requises pour la réalisation de ces avancées). Les documents 5 et 6 présentent les éléments qui ont été retenus lors de lexamen par les trois sous-groupes des trois questions fondamentales: ingénierie et questions économiques et financières, questions sociales et groupes dintérêt en présence, questions environnementales. De plus amples précisions pour chacun des éléments rapportés ont été développées à partir des notes des différents sous-groupes et sont présentées en Annexe A1 et A2. 3. Stratégie de mise en oeuvre Un accord a également été obtenu sur la stratégie de mise en oeuvre qui devait prendre effet immédiatement après la clôture de latelier. David McDowell, directeur général de lUICN, a accepté de créer un groupe de travail intérimaire (GTI) avant le 31 mai 1997, composé de membres de lUICN et de la Banque Mondiale. Le GTI collaborerait avec les participants à latelier afin détablir la commission. Le président de la commission devrait rejoindre le groupe intérimaire le plus tôt possible après sa nomination. Avant la fin du mois doctobre, le groupe intérimaire devra établir lintégralité des termes de référence pour la commission et le groupe consultatif, la composition du groupe consultatif, la composition de la commission, les compétences et le siège du secrétariat, un plan de budget pour la commission et le secrétariat, une stratégie de financement sur deux ans pour la commission, et une date pour la première réunion de la commission et du groupe consultatif. 3.0 EPILOGUE Immédiatement après la clôture de latelier, David McDowell a écrit à James Wolfensohn afin de linformer des conclusions et dinitier la phase de mise en oeuvre. Dans sa réponse, Mr. Wolfensohn a exprimé son soutien pour les phases ultérieures et a identifié les responsables de la Banque Mondiale chargés de prendre part au groupe de travail intérimaire afin de faire progresser la stratégie de mise en oeuvre. Au début du mois de juin, une première réunion du groupe intérimaire eut lieu à Washington D.C. Elle fut co-présidée par George Greene (UICN) et par Andrew Steer (Banque Mondiale) et aboutit à un accord sur les éléments dun plan de travail destiné à mener à bien la commission avant le mois de novembre. Les membres de latelier sont tenus informés des développements et impliqués dans les discussions par fax ou par téléphone. La prochaine rencontre du groupe intérimaire, qui comprend certains membres de latelier, a été prévue pour la mi-août de façon à se quelle puisse se dérouler en marge du septième symposium de Stockholm sur leau. LAgence Suisse pour le Développement et la Coopération, en vertu de son accord avec le Département de lEvaluation des Opérations à la Banque Mondiale, a accepté de contribuer au financement initial de la procédure intérimaire, bien que des fonds supplémentaires doivent être recherchés auprès dautres sources. Document 1: Résumé de létude réalisée par Oud et Muir sur les aspects techniques et économiques
Document 2: Résumé de l'étude de Scudder sur les impacts sociaux
Document 3: Résumé de létude de Goodland sur les impacts sur lenvironnement dans le traditionnel processus de réduction des coûts par ladoption dune procédure dévaluation environnementale sectorielle. La EES contribuerait à choisir les sites de façon plus appropriée, mais elle permettrait aussi dévaluer des options alternatives en matière de génération dénergie. Il est reconnu que le fait de sassurer que la construction de barrage soit acceptable dun point de vue environnemental implique que certains projets de génération dénergie hydroélectrique devront être abandonnés. Mais selon Goodland, à défaut de critères plus contraignants, lindustrie hydroélectrique continuera de décliner, à mesure que se développera lutilisation du charbon et de combustibles fossiles, ce qui dun point de vue environnemental constituerait une régression.
Document 5: Avancées fondamentales nécessaires en matière théorique et pratique Ingénierie et questions économiques et financières
Questions sociales et groupes d'intérêt en présence:
Questions environnementales:
Questions connexes:
Document 6: Méthodologies et techniques d'évaluation
Anticipant les contraintes de temps et de budget que la commission rencontrera, le groupe a suggéré d'utiliser une sélection minutieuse d'études de cas pour aborder les questions sus-mentionnées. Cette sélection sera faite de façon à intégrer des possibilités d'évaluation de projets:
Dans la sélection, conception et mise en oeuvre de ces
études de cas et évaluations, la commission devrait mettre en pratique les principes qui
définissent le nouveau cadre conceptuel et dont on attend qu'ils soient observés dans
tout futur projet de développement de grand barrage. Goldsmith, E., and N. Hildyard, eds., The Social and Environmental Impacts of Large Dams (Wadebridge: Wadebridge Ecological Centre, Cornwall, U.K., 1984). International Commission on Large Dams (ICOLD). World Register of Dams. Paris, 1988. International Water Power and Dam Construction Handbook (Sutton: IWPDC, Sutton, U.K, 1995). Liebenthal, A., et al. "The World Banks Experience With Large Dams: A Preliminary Review of Impacts" (Washington: Operations Evaluation Department, The World Bank, 1996). McCully, P., Silenced Rivers: The Ecology and Politics of Large Dams (London: Zed Books Ltd., 1996). "World Bank Lending for Large Dams: A Preliminary Review of Impacts", OED Précis No. 125, World Bank, 1996.
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